Kālī

« A goddess chews on myth

As other women might on paan

Red juices stain her mouth. »

      – Kālī, Rukmini Bhaya Nair.

Qui est Kālī dans la mythologie indienne et que symbolise-t-elle ?

Kālī ou la puissance du Temps.

Kālī est la Déesse du Temps et de la Transformation. Son alter ego masculin est Kālā, le Temps de la Mort, il représente l’aspect cosmologique de Shiva le Destructeur. Kālī, elle, représente l’énergie, la puissance du Temps.

Kālī est l’aspect le plus abstrait et le plus haut du divin. Elle apparaît comme terrible pour qui ne trouve la joie que dans l’attachement aux choses et aux êtres. 

Renoncer à tout ce qui est désirable pour atteindre la félicité apparaît alors comme quelque chose de terrifiant, comme si les ténèbres enveloppaient tout. En revanche, lorsque l’individu poursuit son chemin spirituel, lorsqu’il dépasse toutes ses craintes et se détache de tout ce qui lui est désirable, il va au-delà de la mort, au-delà de la destruction de toute chose, pour se fondre dans la joie primordiale infinie.

Kālī n’est donc terrible que du point de vue de l’existence terrestre et des plaisirs du monde. 

Mythe de Kālī

Il fut un temps où régnait le chaos ; les Asura (démons) avaient pris la place des Deva (dieux), la noirceur et le Mal régnaient.

Réunis au sommet immaculé de l’Himalaya, les Deva implorèrent la Grande Déesse, Pārvatī. Celle-ci fit apparaître la superbe déesse guerrière Chandi-Durga afin de leur venir en aide. Fasciné par sa beauté et se demandant s’il y avait moins de la pécho, l’Asura Shumba lui demanda sa main. Chandi rejeta l’offre avec dédain en proclamant qu’elle épouserait le prétendant capable de la vaincre. On ne déconne pas avec une déesse badass non plus.


Vexé, Shumba envoya deux démons attaquer la fière déesse, ce qui la plongea dans une ire noire. De cette noirceur naquit Kālī, la féroce. Elle extermina les deux émissaires et leur armée.

Shumba réunit alors ses troupes démoniaques – à côté l’armée de Saroumane, ce sont des Bisounours –, et passa à l’offensive. 

Du corps des dieux Brahma, Shiva, Skanda, Vishnu, Varâha et Indra, surgirent de nouvelles déesses, leur Shakti, qui formèrent les Saptamatrika, les Sept Mères.

Kālī, Chandi et les Saptamatrika terrassèrent les Asura et les dieux chantèrent les louanges de la Grande Déesse Devī.


Représentation de Kālī.

Kālī porte sur le front l’œil transcendantal de Shiva, elle tire une langue rouge sang, son rire marque son triomphe, sa puissance absolue sur tout ce qui existe. Il serait vain et prétentieux de vouloir y échapper. Sa poitrine est ornée d’un collier fait des crânes des Asura qu’elle a occis. Les crânes symbolisent également la mort, ce qui fut un jour. Vie et mort sont inséparables, Kālī est le lien entre les deux. Comme les principales divinités hindus, la souveraineté de Kālī est soulignée par ses quatre bras. Ils représentent les quatre directions, symbole du cycle du temps. Elle brandit son cimeterre Khadja, marque de sa puissance. D’une main elle tient une tête coupée ; le triomphe de Kālī sur Shumba mais aussi le triomphe du Temps sur toute chose. D’une autre main, elle éloigne la crainte et la peur de la mort. Temps absolu, au-delà des limites de l’Au-delà, Kālī protège ceux qui l’invoquent. La main qui donne représente l’offrande du vrai bonheur. Celui-ci n’existe que dans ce qui est permanent ; seule la puissance du Temps est permanente, seule Kālī peut offrir le bonheur. Sa peau est noire et nue, elle représente l’espace sans voile, soit l’énergie ultime. 

Kālī est la Destructrice du Mal, des Passions, de la Jalousie. Elle est accompagnée des Soixante-Quatre Yogini, l’énergie féminine sacrée émanant de Pārvatī.

Kālī s’apparente à la Déesse-guerrière égyptienne Sekhmet. Œil de Râ, cette dernière est l’instrument de sa vengeance et combat les ennemis de Pharaon. Elle est La Puissante, Celle Devant Qui le Mal Tremble ainsi que la Gardienne du Foyer. Vêtue d’un fourreau rouge, elle arbore une tête de lionne. 

Comment Kālī apparaît-elle dans la pratique du yoga ?

Kālī est le plus souvent représentée avec l’œil transcendantal de Shiva sur le front et la langue rouge sanglante tirée. Cela me fait penser à la pose que l’on prend dans Simhasana pranayama ou respiration du lion. Cette respiration puissante s’effectue en levant le menton et les yeux, en se concentrant sur le troisième œil Ajna. A l’expiration, on tire la langue le plus loin possible avec un « haa » fort et clair. 

Dans ma pratique, j’utilise souvent Kālī mudra (le geste de Kālī). Pour expérimenter la posture : les paumes de mains sont pressées ensemble, les doigts entrelacés, sauf les deux index, qui sont soudés et pointent vers le ciel. Kālī mudra nous rappelle que nous avons en nous l’énergie, la force pour chasser les mauvaises énergies, et pour devenir une meilleure version de nous-même. Kālī nous rappelle que chaque obstacle que nous affrontons est une occasion de grandir. 

 

Kālī, Sekhmet, c’est l’image de cette déesse-guerrière qui se trouve en nous, celle qui nous permet d’affronter les obstacles au quotidien, celle qui nous pousse vers notre but, celle qui nous aide à nous relever quand on trébuche. J’aime son côté guerrier qui ne se laisse pas impressionner par ceux qui lui barrent la route et le côté ‘’je-ne-me-prends-pas-au-sérieux’’ que donne la langue tirée.